• Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef Suprême des Armées et Madame la Première Dame ;
  • Vénérable Président du Sénat ;
  • Honorable Président      de      l’Assemblée Nationale ;
  • Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement ;
  • Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Chefs de Mission Diplomatique ;
  • Mesdames et Messieurs les Présidents des Institutions Constitutionnelles ;
  • Monsieur le Chef de l’opposition politique ;
  • Madame et Messieurs les Secrétaires Permanents des Conseils Consultatifs Nationaux ;
  • Honorables Députés, Vénérables Sénateurs ;
  • Monsieur le Préfet du Département de Brazzaville ; 
  • Monsieur le Président du Conseil Départemental, Maire de la ville de Brazzaville ;
  • Distingués invités ;
  • Mesdames, Messieurs,

Il y a dix ans, le Congo, notre beau pays, fêtait avec faste son demi-siècle d’existence en tant que pays souverain.

L’autre moitié du siècle, entamée il y a exactement 3653 jours, a configuré un pays assoiffé de modernisation et de progrès, en surmontant tant d’épreuves du fait des hommes et de la nature.

Aujourd’hui, en pleine pandémie à coronavirus Covid-19 aussi imprévisible que foudroyante, sans jamais émousser notre joie, ce 15 août 2020 vient nous rappeler qu’il y eut un 15 août 1960.

La fête est là.

Elle est dans nos cœurs.

Elle est dans notre ardente volonté de cheminer vers les cimes du progrès global.

Elle est dans notre introspection féconde collective où la mémoire reste l’alliée d’un avenir écrit en lettres d’or.

Ce 15 août 2020, nous le dédions à l’évocation de ce que fut ce 15 août 1960, placé dans la dynamique des Peuples qui ont toujours lutté pour leur liberté face aux forces obscurantistes, dominatrices et spoliatrices.

C’est pourquoi, les retours sur l’Histoire sont indispensables à tous égards.

Ils sont indispensables parce qu’ils permettent l’intelligence des événements actuels.

Ils sont indispensables parce qu’ils fournissent des outils susceptibles d’aider à mieux appréhender les enjeux présents et à mieux affronter les défis de l’avenir.

Au XVIIIe siècle, au Siècle des Lumières, au siècle où l’Europe tente de s’affranchir de sa longue hibernation moyenâgeuse, Montesquieu, qui est jusqu’à ce jour considéré comme l’un des plus grands esprits de son temps, parlant des Africains et des gens dits de « race noire », dans son ouvrage « L’esprit des lois », écrivait (je le cite) : « Parce que les lois étaient mal faites, on a trouvé des hommes paresseux ; parce que ces hommes étaient paresseux, on les a mis dans l’esclavage » (…).

Et d’asséner, péremptoire, cette sentence qui, aujourd’hui, nous rend pantois : « il n’est pas concevable, dit-il, que Dieu qui est si bon, ait pu mettre une âme dans un corps aussi noir !  » (fin de citation).

Nous sommes bien au Siècle des Lumières, de l’Encyclopédie et de la…Révolution française !

Au XIXe siècle, Hegel, qui est à ce jour considéré comme l’un des principaux ténors de la philosophie classique allemande, prétendait dans l’un de ses ouvrages de référence, « La Raison dans l’Histoire », (je le cite également) que « l’Afrique, au-delà du jour de l’histoire consciente est enfermée dans la couleur noire de la nuit (…) qu’elle est sans histoire (…) que ses habitants n’ont ni la conscience de l’immortalité de l’âme, ni celle de l’univers !

Et de conclure, péremptoire lui aussi : « Chez les Nègres, le fait de dévorer des hommes correspond au principe africain » (fin de citation).

Au milieu du XIXe siècle, Victor Hugo, le célèbre auteur des Misérables, grand défenseur des Communards qu’il fut, s’exclamait, hélas, en ces termes (je le cite) : « Quelle terre que cette Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire (…) ; l’Afrique n’a pas d’histoire ; une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe (…). Cette Afrique farouche n’a que deux aspects : peuplée, c’est la barbarie, déserte, c’est la sauvagerie ».

Victor Hugo ira encore plus loin en déclarant (je le cite à nouveau) : « Allez peuples d’Europe ! Emparez-vous de cette terre ! Prenez-la ! A qui ? A personne. Prenez cette terre à Dieu ! Dieu donne la terre aux hommes. Dieu donne l’Afrique à l’Europe.

Prenez-la ! » (fin de citation).

Cet appel parmi d’autres, au milieu de rivalités impériales irrépressibles, au milieu de convoitises coloniales inassouvies, conduisit tout droit à la Conférence de Berlin de 1884-1885.

A Berlin, sous les auspices du Chancelier Otto Bismarck, l’Afrique        fut      « dépecée » et saucissonnée, selon les rapports de force des acteurs de l’époque, en menus morceaux comme du bon gibier aux Noces de Cana !

Certains descendants de ces idéologues, qui sont nos contemporains, ne sont toujours pas sortis de cette logique, puisqu’il leur arrive de clamer, haut et fort, que l’Afrique n’est pas rentrée dans l’histoire.

Quelle grotesque aberration ! Quelle hérésie, pour l’humiliation ainsi infligée à l’Afrique, pourtant reconnue désormais par tous comme le continent des origines, le continent berceau de l’humanité !

Voilà donc rappelé, à grands traits, le contexte historique qui a prévalu pour justifier la colonisation et vouloir perpétuer, aujourd’hui encore, une nouvelle forme de colonisation plus insidieuse, par la domination de l’Afrique considérée comme une proie facile, livrée à toutes les convoitises.

La suite est connue : les puissants du monde de l’époque entreprirent la colonisation systématique de notre vaste continent en le mettant en coupe réglée et en assujettissant ses Peuples, dont évidemment le nôtre.

Du nord au sud, de l’est à l’ouest, des civilisations plusieurs fois millénaires furent brutalement spoliées et écrasées, des sociétés homogènes furent froidement écartelées et balkanisées, des pays entiers furent disloqués et partagés en zones d’influence, souvent rivales, tenues par les puissances européennes de l’époque.

Tout cela au profit d’un système capitaliste expansionniste, voire impérialiste, qui entreprit alors son expansion dans une féroce rivalité entre puissances coloniales.

La portion de territoire qui deviendra la République du Congo, prit alors corps sous le vocable de Congo français, face au Congo belge sur l’autre rive du fleuve, avant de devenir ce Moyen-Congo qui accueillit le Général de Gaulle en 1940, voici 80 ans.

De 1940 à 1942, Brazzaville fut la capitale de la France Libre.

Oui, Brazzaville, capitale de notre pays, servit de refuge à l’honneur de la France occupée par les armées nazies.

Le 15 août 1960, voici donc 60 ans, notre beau pays devint indépendant, ceci précédé par la proclamation de la République le 28 novembre 1958.

L’héroïque lutte de notre Peuple pour son émancipation politique, économique et socioculturelle,          puis    un      peu plus    tard,   sa participation active au combat pour l’abolition de l’apartheid – la forme la plus odieuse de la domination fondée sur la « race » – demeurent indiscutablement au nombre des événements que l’Histoire gravera dans le marbre de notre épopée nationale.

Le temps passera. Les âges succéderont aux âges. Mais notre Indépendance nationale restera pour les temps éternels une histoire vibrante dans la légende des siècles, une marque indélébile dans la mémoire collective, un souvenir impérissable pour la lignée infinie des générations à venir.

Souvenir impérissable de nos vénérables aïeux et de nos illustres Anciens, inspirateurs lointains   pour   les      uns, protagonistes immédiats   pour   les      autres, témoins oculaires des faits vécus pour la plupart.

Des Anciens, Mesdames et Messieurs, qui ont concouru     à l’événement aujourd’hui soixantenaire et qui ont contribué, à leur manière et dans le contexte qui fut le leur, au rayonnement précoce        sur     la        scène internationale de la jeune République du Congo et à sa distinction parmi les nations de cette Afrique, à peine affranchie du joug colonial.

Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, 

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de ne pouvoir citer ces illustres anciens, au risque d’en oublier certains.

Cependant, il n’est que justice de rappeler que le 15 août 1960, qui marqua la fin d’une époque, fut symbolisé par le discours d’André Malraux, ce grand homme de culture, auteur de l’un des plus grands chefs-d’œuvre littéraires du XXe siècle, « La condition humaine », représentant du Général de Gaulle à Brazzaville.

C’est André Malraux qui descendit le drapeau tricolore français et salua la montée en puissance de notre cocarde – tout aussi tricolore – « vert-jaune-rouge », sous le regard radieux d’un Abbé. Cet Abbé fut Monsieur Fulbert YOULOU, notre premier Président de la République, qui eut le plus grand et rare privilège de proclamer l’indépendance du Congo, à l’esplanade de l’hôtel de ville de Brazzaville et de faire claironner pour la première fois notre hymne national, “La Congolaise", dans une frénésie inouïe.

Excellence Monsieur le Président de la République ;

Mesdames et Messieurs,

Ainsi que vous nous l’avez toujours appris, Monsieur le Président de la République, le Congo, qui fait son devoir de mémoire, reste un pays qui croit à une Afrique renaissante, intégrée et prospère.

Le Congo croit à une coopération pacifique et fraternelle avec tous les Peuples du monde épris de paix, de justice et de liberté.

C’est dans cet état d’esprit que nous fêtons ce soixantième anniversaire de notre indépendance.

Si notre histoire nous sert de leçon, nous n’en sommes pas pour autant prisonniers et encore moins fatalistes.

Soixante ans après l’indépendance, cet âge de la maturité nous commande de gagner de nouvelles conquêtes dans un monde en mouvement, voire en ébullition de toutes sortes qui n’a pas fini de nous étonner et de nous révéler des nouveaux défis.

Oui, notre indépendance politique, chèrement acquise, reste bien une condition nécessaire, mais pas suffisante, car le Congo a compris qu’il doit éviter le piège infernal du sous développement.

Excellence Monsieur le Président de la République, c’est donc à juste titre que votre projet de société “La marche vers le développement-Allons plus loin ensemble", nous indique le chemin à prendre. Il demeure une réponse conséquente et hardie pour affronter, la tête haute, les défis des temps présents, avec grande détermination, dignité et responsabilité à toute épreuve.

Puisse          donc   cette   commémoration jubilaire devenir le creuset où les hommes et les femmes de ce beau pays, qui est le nôtre, où les bonnes volontés et les bonnes âmes, viendront puiser           les      forces           spirituelles indispensables à leur reconstruction intérieure et à l’édification de notre société !

Cette société que nous voyons prospère, généreuse et libre.

Nul besoin de vous dire que pour cela, il nous faut collectivement redoubler d’efforts, comme vous n’avez de cesse, Monsieur le Président de la République, de nous le rappeler lors des grandes occasions :

  • efforts pour préserver l’unité nationale, la paix et la sécurité du pays ;
  • efforts d’imagination et d’organisation dans tous les domaines qui comptent pour bâtir un pays prospère ;
  • efforts visant à la fois l’éducation permanente et l’accès du plus grand nombre aux nouvelles technologies ;
  • efforts pour une transformation qualitative des rapports sociaux ;
  • efforts pour l’amélioration des conditions de vie des populations ;
  • efforts pour la modernisation continue des villes et des campagnes, grâce à la décentralisation qui est devenue l’un de nos leitmotiv ;
  • efforts pour la lutte contre les antivaleurs ;
  • efforts pour la diffusion de la culture et la vulgarisation des loisirs sains, et j’en passe !

Excellence Monsieur le Président de la République,

Votre haute vision du Congo de demain, traduite dans votre projet politique, forgé par votre riche expérience de Grand Homme d’Etat et votre profonde connaissance du pays, comme je l’ai dit tantôt, trace avec une forte pertinence, la perspective d’un Congo moderne, prospère, désenclavé, ambitieux et digne partenaire dans le concert des Nations.

En 60 ans d’indépendance, la légion des hommes et des femmes, inspirés par l’amour du pays, décidés et fiers de le bâtir, pierre après pierre, s’est considérablement agrandie, quoi que l’on dise.

Souhaitons ardemment que le Congo, notre pays, devienne pleinement ce qu’il ne devrait jamais cesser d’être dans le cœur de chacun de nous, à savoir une vraie patrie !

Une patrie fondée sur l’amour du travail, l’égalité des chances, la solidarité, l’entraide et le partage.

Une patrie qui tire sa force de la diversité de ses traditions séculaires et qui tient éloignés, comme la peste, le déni national, l’opposition artificielle et l’attisement de vaines rivalités entre ses communautés.

Une patrie où nous devons apprendre à mieux respecter la dignité de chacun, à humaniser les relations entre l’Administration et le Citoyen, à perfectionner le rôle de l’Etat et à œuvrer sans cesse à l’amélioration des structures sociales.

Enfin, une    patrie toujours        libre    et démocratique, où chacun vit en paix et assume pleinement son destin.

Dans ce que nous célébrons ce jour, je vois non seulement le partage de la foi en un avenir harmonieux de notre pays, mais aussi et        surtout          le        renouvellement       de notre espérance pour une vie meilleure pour tous.

Telle est mon intime conviction.

Puisse, le souvenir des 60 ans de notre Indépendance nationale, constituer le ferment ardent de notre résistance face à toute forme de domination, d’où qu’elle vienne et surtout le point de départ des conquêtes encore plus nombreuses et plus éclatantes pour un Congo où il fait bon vivre !

Puisse, cette date-jubilée, constituer l’argile généreuse indispensable à la reconstruction humaine, le ciment véritable de l’unité de notre Nation en construction !

Enfin, puisse, cette soixantième commémoration de notre Jour de liberté, nous engager à plus de détermination, afin que notre action collective, portée aujourd’hui avec abnégation par Son Excellence Monsieur Denis SASSOU N’GUESSO, Président de la République, Chef de l’Etat, scelle notre volonté inébranlable d’aller de l’avant, répande partout, dans ce beau pays, le doux parfum du Mieux Vivre-Ensemble, dans l’Unité, le Travail et le Progrès !

Vive le soixantième anniversaire de l’Indépendance du Congo !

Qu’il me plaise de souhaiter bonne fête à Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef Suprême des Armées et Madame la Première Dame.

Bonne fête à tous !

Vive la République,

Vive le Congo,

Je vous remercie.